La Maison des Antonins d'Issenheim

A l'entrée de la vallée de Guebwiller en Alsace, au pied des Vosges, le touriste ne manquera pas de passer par Issenheim. Au centre du village un imposant bâtiment frappe le regard, témoin séculaire d'un riche passé, « le Couvent », aujourd'hui propriété des Sœurs de la Divine Providence de Ribeauvillé.

Les Antonins, « Chanoines Réguliers de l'Ordre de Saint-Antoine », achètent cette propriété aux Bénédictins de Murbach en 1313. Ils y construisent un couvent, un hôpital, une maison des hôtes et une église. C'est pour cette église que sera créé le célèbre Retable de Mathias Grünewald, commandé par le Précepteur Guy Gers au début du XVIe siècle.

Ces religieux se consacrent aux malades atteints par l'ergotisme ou « mal des ardents », un fléau des plus redoutés au Moyen-Age. Non contents de soigner les corps des malades, ils visent tout autant l'apaisement de l'âme, considérant la contemplation du Christ comme une thérapie morale et spirituelle.  

La Congrégation des Sœurs de la Divine Providence de Ribeauvillé acquiert le domaine en 1884 pour en faire successivement un Centre pour Enfants Sourds-Muets, une Ecole Ménagère, une Ecole Préparatoire pour les futures religieuses enseignantes. En 1966 la Congrégation ouvre une Maison d'Accueil et en 2005, un EHPAD.

En 2011, l'association « la Maison des Antonins d'Issenheim » voit le jour. Elle compte aujourd'hui plus d'une trentaine de membres, religieuses et laïcs ainsi que l'Association Française des Amis des Antonins (AFAA).Elle se donne pour mission de faire de ce lieu un « Centre d'Art, d'Histoire et de Spiritualité ».

Pour réaliser ce projet, il devenait indispensable de restaurer la partie la plus intéressante de l'ancien couvent des Antonins qui remonte au XVIe siècle : le rez-de-chaussée de la Maison des Hôtes et la cour intérieure dite du Chevet reliant ce bâtiment au porche d'entrée de l'actuelle église.

En 1987, des fouilles archéologiques dans la cour mettent au jour les fondations du chœur de l'église des Antonins, ainsi qu'un puits et la place exacte du maître-autel qui porta le Retable.

Des travaux de restauration sont entrepris en 2018, menés avec efficacité grâce à l'engagement de la Congrégation, au soutien de généreux mécènes et de collectivités publiques.Cet espace évoque d'une de ces « œuvres de miséricorde » que des hommes donnés à Dieu et voués à leurs frères exercèrent pendant plusieurs siècles. Il raconte la maladie répandue en Europe au Moyen Age, sa cause, les remèdes, les plantes médicinales, la chirurgie... Une maquette du Retable retient particulièrement l'attention ; quant à la statue de Saint Antoine près de l'entrée, elle semble inviter les visiteurs à se laisser surprendre.

 Un lieu où naquit le projet d'une œuvre grandiose, le Retable de Mathias Grünewald, un lieu où il demeura pendant plus de deux siècles avant d'attirer des milliers de touristes au Musée Unterlinden à Colmar.